Crowdlending, pourquoi j’abandonne le prêt 2.0

Ces deux dernières années, j’ai expérimenté le prêt de privé à privé. J’ai utilisé pour ce faire plusieurs plateformes de crowdlending (prêt de devise en direct, moyennant un intérêt composé). Les plateformes en question sont des intermédiaires entre un prêteur et un emprunteur, qu’elles mettent en contact par différents mécanismes, par exemple des enchères dans lesquelles les prêteurs potentiels misent les sommes qu’ils souhaitent mettre à disposition et à quel taux d’intérêt. Les emprunteurs sont notés en fonction du risque de défaut de paiement qu’ils représentent, la note en question étant attribuée par la plateforme utilisée.

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En l’état, le taux de défaut (procédures de poursuites) dans le portefeuille considéré est d’environ 14% des contrats d’emprunt (13% des sommes dues), sachant que le taux d’intérêt moyen attribué est de 8,4% par an (il s’agit de plateformes suisses, ce taux représente donc un revenu drastiquement plus élevé que le rendement d’un compte d’épargne bancaire, la moyenne se situant aux alentours de 0,15% par an). Lesdites plateformes utilisent un système de remboursement du principal auquel on ajoute l’intérêt, les paiements s’effectuant chaque mois. On peut donc classer ce type de placement dans la catégorie des investissements générant du cash flow (flux de trésorerie), mais nécessitant toutefois un travail régulier de réinvestissement. Il ne s’agit donc pas de revenus passifs.

Vu le rendement et les pertes attendues, on peut s’attendre à un rendement de l’ordre de zéro, peut-être un peux plus, ce qui correspond dans l’absolu à des prêts sans intérêt. La grande différence réside dans le fait que les personnes ayant fait défaut sont maintenant dans une situation précaire, puisqu’en situation de recouvrement de paiement. Étant l’objet d’une procédure de poursuite, ils ne peuvent maintenant plus avoir accès au crédit et auront également des difficultés à trouver un emploi ou un logement en location.

La doctrine religieuse traditionnelle (christianisme, islam) proscrit le prêt à intérêt composé. La raison en est qu’il ne s’agit pas d’une opération gagnant-gagnant. En effet, le gain réalisé par le prêteur par le biais de l’intérêt constitue une perte (et un handicap) pour l’emprunteur. En outre, comme l’intérêt est exponentiel, si l’emprunteur a des difficultés de paiement, les sommes dues augmentent avec le temps, ce qui augmente les difficultés de paiement du preneur de prêt.

On constate en effet que dans la pratique et en considérant des dizaines de prêts dans un portefeuille, que si l’on avait prêté de la devise sans intérêt, le rendement aurait été sensiblement similaire, à ceci près que les emprunteurs n’auraient pas été handicapés par le paiement de l’intérêt, augmentant ainsi la probabilité de réussite et de remboursement et diminuant l’entrée dans des procédures de poursuite.

Ainsi, la solution se trouve probablement dans un prêt sans intérêt. Toutefois, pour quelle raison un prêteur mettrait-il à disposition son argent en s’exposant à un risque de non-remboursement sans attente d’un bénéfice sur investissement ? Bien entendu, personne ne pratiquerait ceci, sauf cas idéologique ou cadeau.

Lorsqu’un actionnaire met à disposition d’une entreprise une somme, il s’attend à participer au bénéfice de celle-ci. L’investissement ne constitue pas un handicap pour l’entrepreneur, l’actionnaire prends un risque en conscience, et, en cas de réussite de l’entreprise, autant l’actionnaire que la structure sont gagnants (dividendes et plus-value en capital pour l’actionnaire, augmentation de masse salariale et développements pour la structure). En cas d’échec, les deux sont perdants (fin d’activité pour la structure et perte en capital pour l’actionnaire). Les risques et les chances sont donc partagés, et alignés entre l’entrepreneur et l’actionnaire, en outre elles ne sont pas tributaires du temps. On est donc dans une situation gagnant-gagnant.

Une solution possible réside dans un prêt sans intérêt composé, avec participation au bénéfice de l’entreprise ou lié à la valeur d’un collatéral (par exemple de l’immobilier). Pour ma part, j’abandonne le prêt de privé à privé pour me concentrer sur la prise de participations dans des entreprises, qui constituent certes des risques de pertes plus importants, mais qui procure des chances de gains plus élevées tout en permettant le financement de projets réels.

Si vous pratiquez le prêt lié à un collatéral, je suis intéressé par votre expérience. Merci de me contacter par le formulaire de contact pour vos remarques ou questions.