La spiritualité de la monnaie

Dédicacé à Martin Prescott, mon ami d’outre-mer.


On oppose souvent, particulièrement dans la sphère francophone, l’argent à la spiritualité. En effet, on juge les personnes riches comme suspectes. De longues lignées familiales ont considéré que devenir riche et s’élever dans l’échelle sociale étaient non seulement des ambitions risibles, mais également une honte. C’est ainsi que, génération après génération, des clans entiers sont restés empêtrés dans la pauvreté, les individus se conformant à la culture familiale pour ne pas être rejetés par leurs pairs.

Ce qui est vrai pour les tribus l’est également pour les sociétés entières. Il suffit d’observer les commentaires populaires, qui qualifient « les riches » comme étant un corps social différent d’eux-mêmes, dont il ne faut surtout pas faire partie, qui ne pensent qu’à leur intérêt personnel.

Là où le bât blesse, c’est que souvent, les personnes ou les familles riches matériellement sont abordables, plutôt sympathiques et charismatiques. A contrario, les personnes qui critiquent les riches, sont plutôt agressives, frustes et incohérentes dans leur argumentation.

N’y aurait-il pas une corrélation entre le fait d’avoir une moralité élevée et le fait d’être riche financièrement ?

En réalité, on constate que la richesse financière est souvent le résultat d’un comportement riche au niveau spirituel. Le comportement qu’une personne ou une société a, avec sa devise, est la représentation de son état spirituel, de sa congruence et sa cohérence.

Que va faire une personne en détresse émotionnelle avec son argent ? Elle va consommer afin de se distraire, donc détruire de la monnaie en la dépensant. On peut dire que les personnes qui n’arrivent pas à différer une récompense, ou incapables de gérer leur état émotionnel, font disparaître leur richesse financière. Par exemple, la consommation de tabac fait partir en fumée la monnaie, au sens propre comme figuré (les pauvres sont deux fois plus à fumer que les riches). Ce comportement autodestructeur au niveau physique l’est également au niveau financier.

Que va faire un investisseur avec son argent ? Il ne va pas profiter immédiatement de celui-ci, il va différer la gratification, pour récolter les fruits de son investissement, plus tard. Par ce comportement, il va mettre à disposition sa richesse au service d’un tiers qui va l’utiliser pour développer un projet, au profit de la communauté en général. Paradoxalement, l’investissement est la méthode de charité la plus efficace, car il profite au plus grand nombre, y compris à ce méchant capitaliste qui ne pense qu’à s’enrichir !

C’est là qu’intervient le concept de dette. Une dette est l’inverse de l’investissement. Il s’agit de consommer tout de suite sans en avoir les moyens, et de différer la douleur que représente le remboursement de ladite dette. La personne ou la société qui contracte une dette avance dans le temps une gratification pour repousser l’effort à plus tard.

Ainsi, dans le monde matériel, la monnaie est la chose la plus spirituelle qui soit, car il est aisé de déterminer la moralité d’une personne en observant son comportement face à l’argent. Celui qui fait briller à crédit est l’inverse de celui qui s’enrichit sans l’exprimer de manière ostentatoire. Toutes les émotions sont exacerbées lorsque de l’argent est en jeu, toutes les énergies sont concentrées dans les transactions financières.

Les sociétés occidentales ont contracté une masse de dette impossible à rembourser, et cela est représentatif de la moralité et de la spiritualité des dites sociétés. Arrêtons de crier au loup en accusant les politiques et les banques centrales de détruire nos devises, cela n’est que la représentation de l’incapacité des populations occidentales à différer la récompense. Elles veulent tout, tout de suite. L’effondrement moral précède l’effondrement monétaire.

Arrêtons également de vilipender les « riches », et tentons de les imiter afin d’augmenter la moralité générale de la société, et par conséquent sa richesse matérielle. Prenons nos responsabilités et cherchons les bons exemples, car, si les escrocs et les voleurs existent, ils sont toutefois autant représentés parmi les personnes aisées que parmi les plus modestes.